Bye-bye, supermen...
Il dit de lui: « J'ai envie d'être un écrivain simple, mais cosmopolite. » C'est rate. Pour le cosmopolitisme, ça ira; mais pour la simplicité... Avec La vie sexuelle des super-héros, son premier roman traduit en français (après Les limbes, déjà chez Gallimard, recueil de trois « novellas »), Marco Mancassola publie l'un des livres les plus complexes, mais aussi ambitieux et finalement passionnants, de ce temps. Une fresque crépusculaire et paranoïaque sur la fin de l'Histoire, les rêves fracassés. De quoi s'agit-il? Des héros qui plus que jamais sont fatigués, leurs super-pouvoirs en berne. A New York, de nos jours, devenus des hommes et des femmes d'affaires, des animateurs de talk-shows et autres pitreries télévisées, Batman, Superman, Mister Fantastic, Mystique reçoivent d'étranges messages d'adieu qui résonnent comme la menace d'une mort prochaine et le constat mélancolique de celle de leur époque. Le temps de l'innocence est bel et bien révolu, comme celui de l'Amérique et de sa promesse, ainsi que ne tarderont pas à le constater Dennis De Villa, l'enquêteur charge de cette affaire, et son frère, Bruce, journaliste.
Marco Mancassola, 37 ans, a longtemps vécu à New York (mais aussi a Padoue, Rome, Londres et Berlin). Il en est revenu avec ce roman puissamment lyrique et désenchanté qui est comme une curieuse réponse a celui, magnifique, de Michael Chabon, Les extraordinaires aventures de Kavalier et Clay (Laffont, 2003). Là aussi, les super-héros à la Marvel Comics sont comme autant d'épigones, voire de métaphores, d'un modèle de société, mais c'est désormais pour en signifier l'extinction qu'ils sont invités a faire un pathétique dernier tour de piste. Et si Mancassola, l'air de rien, venait d'écrire le grand roman, jusqu'ici attendu en vain, de l'Amérique post-11-Septembre?







